conférence de presse de l’UDSP
Vérité des prix
La majorité a rejeté l’amendement présenté par Anthony Géros, au nom de l’UDSP, visant à abaisser le taux réduit de la TVA de 6 à 3%, préférant se contenter d’une simple réduction de 1 point.
Pour réfuter notre proposition, la majorité a fait valoir que l’impact de notre proposition sur le budget serait trop lourd à supporter. Un impact estimé par Jean-Christophe Bouissou à 3 milliards.
Il est quand même paradoxal que la majorité refuse de soulager financièrement les ménages pour des raisons de coût financier pour le budget, alors que dans le collectif budgétaire on a trouvé cette somme de 3 milliards pour financer les communes.
A l’évidence, en période d’élections sénatoriales, le gouvernement et sa majorité ont choisi leur camp. Il est plus important de faire les yeux doux aux Tavana plutôt que de soulager la population, de faire baisser les prix et ainsi de relancer la consommation qui est un des leviers de la relance économique.
Nous le savons tous, cette baisse de 1 point de la TVA n’aura qu’un impact extrêmement marginal sur les prix.
D’une part, parce qu’il n’est absolument pas certain que les commerçants vont répercuter une baisse aussi infime et que les moyens de contrôle sont notoirement insuffisants.
D’autre part, parce que le problème de la cherté de la vie, aujourd’hui, il ne se situe pas en premier lieu dans la fiscalité, mais plutôt dans les marges astronomiques pratiquées par les acteurs du commerce.
En séance, nous avons eu l’occasion de disserter longuement sur le prix de la boite de petits pois. Mais selon une étude commandée au service des affaires économiques sous Teva Rohfritsch, puis reprise par Pierre Frébault avant que le gouvernement de l’UDSP ne soit renversé, nous constatons que ce système des marges astronomiques est généralisé.
Le vrai problème il n’est pas dans une modification marginale de la TVA. Il est dans cette « culbute » réalisée par les commerçants.
Pour autant, et on l’a senti dans les interventions de Georges Puchon, le gouvernement ne souhaite pas toucher à ces marges qui sont pourtant à l’origine du renchérissement des prix à la consommation. C’est bien là que ce situe le fond du problème du pouvoir d’achat pour les Polynésiens, et particulièrement pour les Polynésiens les plus démunis auxquels le gouvernement de Gaston Tong Sang a refusé la revalorisation des minima sociaux.
Sur les 6 premiers mois de l’année, selon les chiffres de l’ITSAT, nous avons subit une inflation de 4,1% sur les prix des produits alimentaires, c’est-à-dire un des principaux postes de consommation des ménages. Là-dessus sont venues se greffer les augmentations du prix de l’électricité, du gaz et de l’essence. La situation devient insupportable.
Ce n’est donc pas en agissant marginalement sur la TVA que l’on va soulager les ménages. De surcroît, pour les ménages des îles, cette baisse de 1 point de la TVA, elle est déjà largement absorbée par l’augmentation du prix du fret.
Les îles sont tellement touchées par la hausse des prix et le ralentissement de la consommation qu’à Raiatea on a remplacé les caddies dans les supermarchés. Maintenant, il ne faut plus 100F pour prendre un caddy, mais 50F. Ce n’est pas pour soulager le porte-monnaie des consommateurs, c’est parce que les caddies sont maintenant plus petits parce que les gens achètent moins. C’est dire…
Nous avons fait la proposition, reprise par Hiro Tefaarere, de créer une commission d’enquête au sein de notre assemblée pour accompagner cette baisse de TVA en nous intéressant à la structure des prix. Cette commission, nous avons tout lieu de croire qu’elle a été enterrée par la majorité qui a refusé de passer hier au vote de la proposition de délibération, préférant renvoyer le dossier à la commission des affaires économiques.
Les arguments pseudo-juridiques de la majorité pour repousser l’étude de cette délibération ne tenaient pas la route. Qui aurait attaqué la délibération créant cette commission d’enquête ? Il n’y a aucun intérêt à agir pour un commerçant, par exemple, puisque cette commission n’a pas de pouvoir décisionnel ou réglementaire. Vraiment, on voit bien que la majorité cherche à tout prix à préserver certains intérêts. Il y a des gens qui ne veulent pas que les élus viennent mettre leur nez dans les marges qui sont pratiquées par les commerçants.
Pourquoi nous avons insisté pour créer cette commission ? Parce que nous avons, comme je vous l’ai dit, des indications très sérieuses sur la structure des prix et sur leur impact pour la cherté de la vie.
Nous avons pris quelques exemples qui montrent la différence entre le prix CAF, c'est-à-dire le prix d’un produit arrivé au port de Papeete, et le prix de vente dans les commerces locaux. Et vous verrez au travers des tableaux que nous allons vous remettre que la TVA n’a qu’un impact assez faible dans la constitution des prix.
Nous avons là des produits de consommation courante sur lesquels les marges de commercialisation peuvent dépasser les 100%.
Par ailleurs, ces tableaux démontrent une certaine injustice puisque dans les produits de consommation courante que nous avons sélectionné, il y a des produits qui seront touchés par la baisse du taux réduit de la TVA, et d’autres qui ne le seront pas. Pourtant, tous ces produits vous les retrouvez dans les caddies.
Il faut quand même rappeler que dans le cadre de la modernisation de notre fiscalité, avec l’introduction de la TVA, le pays a libéralisé un très grand nombre de prix dont la marge était jusqu’alors encadrée. Mais, dans l’arrêté du conseil des ministres, on avait pris le soin d’insérer des garde-fou dans l’article 30 disant que : « s’il advenait que soient constatées, à la suite de la mise en œuvre d’un arrêté de libération des prix, des hausses excessives de prix résultant d’un fonctionnement manifestement anormal du marché, le secteur d’activité et la zone géographiques concernés pourraient se voir replacés, par voie d’arrêté en conseil des ministres, dans le cadre réglementaire général du précédent texte ».
Cet article n’a jamais été mis en œuvre. Alors, c’est vrai que jusqu’à une période récente, notre économie était marquée par la croissance et que les augmentations de salaires venaient amortir la hausse des prix.
Mais vous le savez aussi, ce sont des instituts comme l’IEOM qui nous le disent, et le ministre Puchon ne dit pas le contraire, 2008 sera une année de récession économique.
Dans deux mois va se poser la question des négociations salariales. Quand on voit la flambée des prix, il est évident que les syndicats vont se montrer très revendicatifs.
Et puisqu’on a commencé à baisser la TVA, il est évident que les organisations syndicales vont vouloir aller plus loin pour faire baisser les prix. Là, la majorité va avoir du souci puisqu’elle nous a expliqué qu’on ne pouvait pas aller plus avant dans la baisse de la TVA pour ne pas trop impacter le budget.
Nous, nous proposons donc d’agir, dès maintenant, sur la structure des prix. Pendant toutes les années de croissance, les acteurs du commerce ont engrangé de l’argent. Ils ont de bonnes réserves. C’est à eux aujourd’hui que nous demandons aussi de faire cet effort de solidarité qu’on impose par ailleurs à tous les Polynésiens.
Pour justifier les hausses des prix des hydrocarbures, le gouvernement a dit qu’il fallait pratiquer la vérité des prix. Nous suivons cette logique, et nous demandons que toute la vérité soit faite sur les prix pratiqués en Polynésie française.
Et finalement, si le gouvernement ne veut rien faire, il ne restera plus au Polynésiens qu’à faire leurs courses sur
Internet. Une possibilité qui semble d’ailleurs faire peur au gouvernement puisqu’il a le projet de supprimer la franchise douanière sur les produits achetés à l’extérieur de la Polynésie. On ne
peut pas dire que cette mesure irait dans le sens de l’amélioration du pouvoir d’achat.
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